Avez-vous déjà vu un ancien camarade de lycée se filmer devant une voiture de luxe, expliquant qu’il « ne travaille plus pour un patron » grâce à un club d’affaires révolutionnaire ? Derrière ces mises en scène, se cachent souvent des structures où le rêve d’indépendance masque une réalité beaucoup plus rugueuse. Exaku Business Club illustre parfaitement ce décalage entre promesse et fonctionnement réel. Le discours officiel parle de coaching entrepreneurial, de liberté financière et de cercle d’élites. Les témoignages, eux, racontent de plus en plus souvent des économies envolées, des amitiés brisées et un profond sentiment de culpabilité. À travers le parcours de Karim, jeune diplômé marocain attiré par ce modèle, on comprend comment un simple démarchage commercial peut devenir la porte d’entrée d’une arnaque financière organisée.
Officiellement, Exaku Business Club promet un environnement sélectif pour « entrepreneurs ambitieux ». On y trouve des visuels très travaillés, des afterworks dans des hôtels de standing à Casablanca, Rabat ou Marrakech, et des promesses d’« opportunités d’investissement réservées aux privilégiés ». Pour quelqu’un comme Karim, qui enchaîne les CDD et rêve de créer son activité, l’offre paraît presque trop belle : formations, réseau, accompagnement, le tout emballé dans un langage de réussite et de dépassement de soi.
Derrière ce vernis, la mécanique s’apparente pourtant à un réseau pyramidal. Les réunions insistent bien davantage sur la façon de « construire son équipe » que sur la création d’un véritable projet économique. La structure de marketing de réseau revendiquée par Exaku finit vite par ressembler à de la vente pyramidale : les revenus espérés dépendent surtout de la capacité à recruter, et non d’un produit solide. C’est ce glissement continu entre accompagnement entrepreneurial et logique de pyramide de Ponzi qui pose problème et fragilise les plus crédules.

Pour convaincre des profils en quête de sens comme Karim, Exaku Business Club mise sur une palette de ressorts psychologiques très travaillés. Les présentations démarrent souvent par des témoignages spectaculaires : un ancien étudiant qui affirme gagner plusieurs milliers d’euros par mois, une mère célibataire qui dit avoir « tout changé » en six mois, des photos de séjours à Dubaï ponctuées de slogans sur la liberté. Ces récits jouent sur l’identification : si « eux » y arrivent, pourquoi pas vous ?
Le décor renforce l’illusion. Les leaders s’affichent en costume, smartphone dernier cri à la main, multipliant stories et lives Instagram. La réussite devient un spectacle permanent, où la moindre signature d’abonnement est célébrée publiquement. On félicite les nouveaux membres sur les groupes WhatsApp, on publie des classements des meilleurs « parrains », on crée un sentiment d’élite soudée. Cette pression de groupe réduit peu à peu l’esprit critique et fait accepter comme normales des pratiques qui, prises à froid, évoquent clairement une escroquerie organisée.
Les investigations diffusées sur YouTube ont d’ailleurs joué un rôle clé pour briser ce vernis. En décortiquant les promesses de rendement, la structure des bonus et l’absence de véritable produit, plusieurs vidéastes ont mis en lumière les similitudes frappantes entre Exaku et d’anciens montages de type pyramide de Ponzi. Ces analyses offrent un contre-récit salutaire à ceux qui commencent à douter, mais n’osent pas encore remettre en cause un système où ils ont déjà investi temps, argent et relations.
La clé pour comprendre Exaku Business Club tient dans la place accordée au recrutement. Officiellement, il s’agit d’un « partage d’opportunité » dans le cadre d’un marketing de réseau légal. Concrètement, chaque membre paie un abonnement pour accéder aux « formations » et obtient la possibilité de parrainer d’autres personnes. À chaque nouvel entrant, le parrain reçoit une commission et grimpe dans un plan de carrière interne : statuts silver, gold, puis platinum, avec des niveaux de bonus croissants.
Pour Karim, les premiers mois semblent prometteurs. Il parvient à convaincre trois amis de le rejoindre, obtient ses premières primes, et voit son nom apparaître dans les félicitations hebdomadaires. Pourtant, aucun d’entre eux n’a réellement vendu un produit en dehors du club. Tout l’effort se concentre sur la capacité à faire entrer de nouveaux participants, souvent issus du même cercle amical ou familial. C’est précisément cette dépendance au flux constant de recrues qui rapproche le modèle d’une véritable vente pyramidale.
À mesure que les membres montent en grade, le discours glisse vers des promesses d’« investissements intelligents ». Deux offres dominent : Serenity, présenté comme un service d’investissement boursier automatisé, et Oca Coin, une cryptomonnaie interne censée permettre un investissement risqué mais « visionnaire ». Les leaders évoquent des rendements annuels supérieurs à 30 %, parfois plus, en insistant sur le fait qu’il serait « dommage de laisser dormir son argent » sur un compte classique.
Pour un jeune salarié qui peine à épargner, l’idée de faire « travailler » 1 000 ou 2 000 euros paraît séduisante. Karim finit par placer la moitié de ses économies sur Serenity, encouragé par des captures d’écran de gains et quelques faux exemples de courbes ascendantes. Aucun document sérieux n’indique toutefois l’existence d’un agrément d’autorité de marché, ni la stratégie d’investissement réelle. Les questions sur les risques ou les pertes possibles sont renvoyées à plus tard, ou minimisées par des phrases toutes faites comme « le vrai risque, c’est de ne rien tenter ».
En confrontant les pratiques d’Exaku Business Club aux critères juridiques classiques, la structure du système apparaît beaucoup plus nettement.
| Critère d’analyse | Fonctionnement observé chez Exaku | Signal d’alerte |
|---|---|---|
| Mode d’entrée | Abonnement payant pour accéder au « club » et au contenu | Paiement d’accès, sans produit clair associé |
| Source principale de revenus | Commissions liées au recrutement de nouveaux membres | Rémunération fondée sur le parrainage |
| Valeur du produit ou service | Formations génériques, coaching interne, peu structuré | Couverture fragile pour une vente pyramidale |
| Produits financiers proposés | Serenity et Oca Coin, sans agrément ni transparence | Potentielle arnaque financière et investissement risqué |
| Communication | Promesses de gains rapides, mise en scène de la richesse | Logique proche d’une pyramide de Ponzi |
Mis bout à bout, ces signaux constituent bien plus qu’une simple « zone grise ». Ils dessinent l’architecture d’un système où la survie dépend de la capacité à attirer en permanence de nouveaux arrivants, au risque de s’effondrer brutalement lorsque le recrutement se tarit.
Les analyses d’experts du droit de la consommation et des régulateurs financiers, souvent relayées en vidéo, rappellent une constante historique : chaque fois que les revenus viennent davantage du recrutement que de la vente réelle d’un service utile, on glisse rapidement vers une structure interdite. De la grande pyramide de Ponzi des années 1920 aux systèmes numériques d’aujourd’hui, les mécanismes psychologiques sont les mêmes, seule la mise en scène change.
Pour ne pas suivre le même chemin que Karim, qui a mis plusieurs mois à admettre qu’il s’était engagé dans une impasse, quelques repères simples peuvent servir de boussole. Ils n’exigent pas de compétences financières poussées, seulement un peu de recul et l’acceptation de poser les bonnes questions, même au risque de déplaire à un proche enthousiaste. C’est souvent là que réside la difficulté : oser douter quand tout le groupe pousse à y croire.
Les signaux d’alerte d’un montage proche du réseau pyramidal sont récurrents, quels que soient le nom de la société ou la modernité du discours. Plus ils s’additionnent, plus le danger est sérieux. Ils permettent de distinguer un réel accompagnement en coaching entrepreneurial d’une structure de démarchage commercial agressif visant surtout à capter des fonds.
Un moyen simple de garder les pieds sur terre consiste à confronter le discours à une grille de repères pratiques. En voici quelques-uns, à vérifier systématiquement avant de sortir sa carte bancaire :
Lorsque plusieurs de ces éléments sont présents simultanément, il devient raisonnable de considérer le projet comme une possible arnaque financière plutôt qu’une opportunité sérieuse. Dans ce cas, la meilleure décision est rarement de « tenter pour voir », mais au contraire de s’éloigner, quitte à passer pour trop prudent aux yeux de certains.
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